Monday, October 3, 2011

La communication des ONG contredit-elle leurs valeurs et leurs objectifs?


Le site  « Canal solidario » de la fondation « haz lo posible » a publié le 9/11/2007 un post sur le livre “Langage publicitaire et discours solidaire. Efficacité culturelle?” (Lenguaje publicitario y discursos solidarios. Eficacia publicitaria, ¿eficacia cultural?)  de Eloísa Nos Aldás.

Image: @Antoine Laurent
Les ONG, selon le livre, ont peur du langage honnête. Certaines organisations lancent des campagnes efficaces pour attirer des partenaires et des fonds, qui ne contredisent pas leurs valeurs, mais il y a une forte tendance contraire trahissant la fonction éducative des ONG, allant parfois jusqu'à la désinformation. 
Cette célèbre photographie de Kevin Carter illustre le prix à payer pour obtenir des images impactantes. Concernant cette photo, et le thème de la manipulation des images, voir aussi le post Jusqu'où peut on aller en photographie?
Les ONG, au lieu de faire appel au dialogue ou de diffuser la voix du Sud pour ouvrir le débat, sont productrices de messages pervers, à cause des stratégies d’appel au récepteur. Parfois, la transformation de la réalité ou la “désinformation” n’est pas arbitraire et inconsciente, tout au contraire. Des études des pulsions humaines ont classifié une série de critères à appliquer méthodologiquement pour une manipulation propagandiste efficace (très populaire comme stratégie de communication chez les mouvements totalitaires du dernier siècle). On parle alors de la théorie des réflexes conditionnés de Pavlov. Selon lui, le propagandiste devra associer le message aux quatre pulsions majeures de l'être humain (instincts).

L'individu soumis à ces pulsions agirait de façon inconsciente conformément à ce qui lui a été dicté. Tchakhotine apportera l'utilisation judicieuse des symboles psychologiques: hymnes, logo, etc. qu'il considère comme la clef de la propagande. Pour convaincre le public le propagandiste doit développer des arguments très forts (exagération). Pour Clyde Miller (voir Vorkoff, 1986) le bon déroulement de la propagande doit donc :

1. Suggérer la peur et faire ensuite entrevoir la possibilité d'atteindre la sécurité par les actions suggérées (paternalisme et figure du héros dans les messages des ONG)
2. Mettre les nouvelles idées en relation avec des idées qui leur sont coutumière pour les faire accepter par les masses (lecture occidentale des messages)
3. Avoir un nombre relativement restreint de formules tranchantes et concises afin qu'ils
deviennent des symboles (stéréotypes)
4. Sans cesse exposer la population à la propagande 
5. Appuyer la force à la propagande pour empêcher les autres idées de s'exprimer
6. Employer l'exagération et adapter la propagande en fonction de l'auditoire auquel ont
s'adresse. (Simplification)

La diffusion des contenus pas tout à fait réels, dans le monde de l’information, est appelée “désinformation”. La propagande et la manipulation sont deux choses étroitement liées dont on ne parle pas souvent dans les médias, pour des raisons logiques: Il faut pas immuniser le public aux effets de la propagande.


Les héros du Nord et les impuissants du Sud

Le renforcement des stéréotypes tend à “héroïser” l’image du Nord et à montrer un Sud impuissant. En plus d’images et de concepts qui se créent, il existe l’obstacle réel à l’autogestion produit par cette attitude héroïque du Nord.

La représentation de la victime conforte les stéréotypes sur une pauvreté appréhendée en termes de fatalité, de coup du sort, d’incapacité ou de “retard culturel” voire de punition divine pour certains groupes évangélistes et islamistes (Keim 2009 ; Sontag, 2003). 

L’image d’un tiers-monde incapable/impuissant et ignorant de son retard sert a justifier une nouvelle “cruzada” de sensibilisation au développement pour faire connaître ses “incapacités” d’un coté, et de l’autre coté, rappeler au Nord les “incapacités” du Sud, pour réaffirmer son rôle héroïque.


Le « pauvre » ne peut pas se débrouiller par lui même

Sommet de Communication. Clacpi

On n’entend pas souvent parler des actions menées par le Sud dans le Sud, même si elles sont nombreuses, et parfois différentes des modèles du Nord. 
En 2002 « News for Africa » a publié un article pour dénoncer le fait que des images de l'Afrique aient été présentées dans les médias pour des activités de collecte de fonds. Elles ont fait beaucoup plus de mal que de bien pour le peuple de l'Afrique, selon l’article en question. Les images fixent un tableau sombre d’un continent qui n'a aucun espoir, sauf en dépendant de la charité du Nord.

L’absence de débat

L’absence de débat est aussi dommageable que la création de stéréotypes, et est très liée à ce phénomène: c’est un moyen de fixation des stéréotypes de manière généralisée. Le débat pourrait être un outil de communication qui chercherait à échanger des postures, visions et valeurs entre le Nord et le Sud, et entre différentes cultures. Les médias pourraient être les canaux de diffusion de ce débat, et les ONG les organisations qui promeuvent cet échange, et cet objectif de mieux comprendre (plus proche de la vérité) les autres sociétés.

Selon Eloísa Nos Aldá, la transformation sociale recherchée par les ONG doit passer par un processus autocritique dans le secteur, et la communication possède des outils efficaces pour cela. Actuellement la communication se sert du maquillage de l’information poussant à la consommation, et cette stratégie est en contradiction avec la responsabilisation sociale des coopérants.

Voir en Espagnol / El post en español
Voir également la première partie de cette réflexion: